• Michel PICARIELLO

Accepter la peur ou dépasser nos limites ?

Dernière mise à jour : 2 sept. 2021



Alain Prost, célèbre pilote de formule 1 a dit : « Il existe une peur qui émerge de la conscience et qui découle de l'instinct de conservation. Elle doit exister. Et puis, il y a la peur qui paralyse et qui fait perdre les dixièmes de seconde. Celle-là doit disparaître. ». La peur peut être utile, salvatrice ou bien nuisible, réductrice. Et tout le monde a peur à un moment ou à un autre.


La peur est d’abord un état émotionnel stressant, en réaction à des informations reçues, captées par le corps ou l’intellect en fonction des situations. Ces informations sont ensuite interprétées, pour nous amener à réagir. C’est donc notre réaction à la peur, au stress et à la souffrance qu’elle est susceptible d’engendrer, qui va conditionner notre réponse et notre comportement. Ce qui va faire la différence entre deux personnes qui ressentent de la peur face à une situation similaire, c'est la façon dont elles gèrent leur peur.


Plus particulièrement dans le contexte social et relationnel, la peur est une voix qui nous vient de loin, à travers les âges pour nous inciter à ne pas prendre de risque, à rester en sécurité, car nous pourrions en souffrir, être blessé, touchés. La peur, qui est à l’origine un mécanisme destiné à préserver notre intégrité physique, est devenue sous-jacente dans nombre de nos comportements, révélant la crainte de déplaire, de voir notre environnement social, professionnel ou relationnel altéré pour nous laisser seul et démuni face aux aléas de l’existence. La peur est aussi le marqueur de notre solitude et de notre fragilité intérieure face aux possibles réactions notre entourage.


La peur est souvent subie, plus rarement analysée, quelques exemples courants :

  • Croire que si nous sommes suffisamment présentables, dans nos apparences ou nos manières, qu’alors nous seront acceptés. De fait, anticipant un éventuel rejet, nous passons dans une posture d’inversion : nous allons ressembler aux autres et passer à côté de ce que nous sommes, peut-être même l’ignorer. Quand tout le monde fait cela, nos relations, ou même la société deviennent factices.

  • Agir et se comporter pour que nos amis, notre hiérarchie, nos partenaires, nos parents soient fiers de nous et nous respectent : tout ce que nous pourrons y gagner, c’est d’être fier que les autres soient fiers de nous. Cela fini par se traduire d’avoir peur de dire ce que l’on pense à notre partenaire de crainte qu’il/elle nous quitte, ou bien de ne pas être authentique avec nos collaborateurs ou notre direction, par crainte de ne pas atteindre nos résultats ou de perdre notre situation. Notre entourage n’aura alors qu’une image déformée de ce que nous sommes et nous traitera en conséquence.

  • Se mettre dans le sillage de leaders respectés ou influents, en supposant qu’ils sont plus capables que nous-même, pour finir par les imiter, car nous aurions peur d’affirmer notre potentiel et de révéler parfois le peu d’estime de nous-même. Et chaque fois que nous arrivons à franchir une étape, de ne pas la célébrer comme un accomplissement personnel, par peur d’être confronté à ceux qui font mieux que nous.

  • Peur de demander du soutien, parce qu’on manque de moyens et qu’on craint d’être jugé par ceux qui pourraient nous aider, parce qu’on ne sait pas demander et que l’on craint le regard des autres après avoir accepté l’aide tant attendue.


L’expérience de la peur

Je me rappelle une rencontre, dans les années 90 avec un dirigeant d’une start-up high-tech, lors d’un entretien d’embauche pour un poste de directeur commercial dans sa société. Lorsque je lui demandais quel était la principale difficulté à l’implantation de ses produits en Chine, celui-ci me répondit avec émotion : « Vous savez ce que c’est, de débarquer à Shanghaï, seul, pour défendre votre boite de 10 personnes, avec la peur au ventre, pour aller proposer vos produits dans un environnement étranger et radicalement différent ? Et bien, pour moi, la vraie difficulté, c’est celle-ci ». Non, je ne savais pas. Bien accompagné et soutenu dans ma position d’expatrié dans une multinationale, je n’avais pas fait l’expérience de cette peur.

Et bien des années plus tard pour mon premier voyage de prospection en Arabie Saoudite où j’allais vendre les produits de ma jeune société, la peur de l’inconnu, de la possibilité d’échouer, d’être ultérieurement jugé pour cela, était là, logée au même endroit, dans le ventre… Comme le dit l’adage, l’expérience est une bougie qui n’éclaire que celui qui la porte.


Peter Drucker, théoricien du management d’entreprise, a écrit : « Chaque fois que vous voyez une entreprise qui réussit, dites-vous que c’est parce qu’un jour quelqu’un a pris une décision courageuse ». Alors que faire, lorsque vous avez envie d’entreprendre et de prendre des risques, mais que la peur ne vous lâche pas ?


Quel désir se cache derrière la peur d’entreprendre ?

Dans un premier temps, avant de chercher à surmonter sa peur pour entreprendre quelque chose de différent ou créer le changement dont vous avez besoin, il est intéressant de déterminer le désir qui se cache sous cette peur. Vous avez une idée pour un nouveau projet, l’envie de changer de métier ou de lancer une nouvelle activité, mais l’insécurité associée vous fait peur.

Si vous laissez la peur vous arrêter dans votre élan et si vous écoutez cette voix qui vous murmure de ne rien changer, alors il n’y aura pas d’évolution. Mais ce qui nous semble sûr et sécurisant peut parfois être le plus dangereux, car sans évolution, vous ne prendrez pas le risque de réaliser vos rêves et vos projets.

Ou bien vous pouvez considérer la peur comme le signe d’une ambition, la marque d’un projet dont l’envergure semble vous dépasser à l’instant où vous le concevez. Dans ce cas, la peur est le signe que vous osez rêver suffisamment grand pour vous projeter dans une situation ou dans un contexte tellement différent que cette perspective en devient effrayante. Ce que vous désirez se situe donc en dehors de votre zone de confort, c’est très probablement ce qui vous fait ressentir de la peur.


Courage et autonomie

Face à la peur, en dehors de notre zone de confort, nous savons que ne sommes plus tout à fait les mêmes, et qu’il nous faut donc aller chercher d’autres ressources. Pour reprendre une citation extraite de la célèbre fiction A Game of Thrones, à la question : « Un homme peut-il être encore courageux lorsqu’il a peur ? », vient la réponse : « c’est la seule fois où un homme peut être courageux ». Paroles de guerrier ? Pas uniquement.

La peur peut, à juste titre, être considérée comme une occasion de faire preuve de courage. Malheureusement, c’est là qu’intervient souvent le biais de négativité, lorsque la peur de perdre l’emporte sur la perspective du succès. Ce biais est partie intégrante des conventions sociales, il fait partie de nos réflexes. Il est notamment renforcé par l’habitude se comparer aux autres pour évaluer nos chances de réussite. La comparaison est souvent faussée pour celui qui se lance et va regarder les résultats d’autres personnes, en pensant qu’ils sont dans le même bateau. Sauf que celui qui a commencé un projet similaire n’est pas dans le même bateau, il navigue déjà loin. Nous pouvons alors en prendre conscience, comprendre les pièges de la comparaison et les mécanismes inconscients de la peur, pour reprendre notre autonomie et décider de nous placer dans une perspective de réussite.


Un antidote : se projeter dans la réussite

Le mode de pensée habituel et incrémental basé sur le présent possède un défaut : si vous pensez le futur à partir d’un présent subi, il y a de fortes chances pour que vous reviennent à l’esprit certains échecs déjà rencontrés et que la peur qui en découle finisse par influer sur vos décisions.

A l’inverse, vous pourriez accepter que la réussite existe et vous projeter dans la position inspirante de celui qui a déjà réussi. Cette expérience de pensée n’est ni facile ni immédiate, mais donne des résultats surprenants, par exemple : vous vous projetez dans 3 ans, à un moment où votre projet fonctionne, même s’il n’est pas parfait. Vous y êtes, vous décrivez comment cela fonctionne, ce qui marche bien. Puis, imaginez quelles ont été les réussites et les principaux évènements de l’année précédente qui ont permis d’en arriver là, puis ceux de l’année d’avant, ainsi de suite jusqu’au moment actuel. Cette approche, dite rétro-projective et dont la méthodologie particulière peut faire l’objet d’un accompagnement, permet d’aborder vos projets par le biais de la réussite, en évitant les peurs qui pourraient vous paralyser. Et c'est applicable aussi bien pour une personne que pour un comité de direction.


Rencontrer la peur est un défi permanent

Sur le plan social, la peur nous fait rechercher l’approbation dans le regard de l’autre et nous mène à un comportement qui consiste à plaire pour obtenir quelque chose en retour. Une société basée sur la peur se délite et est en perpétuelle reconstruction par manque de fondamentaux solides, au point où nous pensons que cela est normal. Cependant, même dans un contexte de peur ambiante nous pouvons reprendre notre libre-arbitre, notamment par un recul suffisant pour examiner régulièrement l’origine de nos décisions : agissons-nous sous contrainte et sous l’emprise de la peur ou bien par attirance pour un projet enthousiasmant ?


Chaque jour, quelque chose ou quelqu’un peut nous faire peur. Chaque occasion de ne pas se laisser contrôler par la peur est une possibilité de réussir sa journée.


Michel Picariello

Accompagnement individuel et coaching de groupes





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